" La corrida, c'est le refuge mélancolique de l'impuissance et le nomadisme de l'impunité qui cherchent à détruire la part humaine dans l'homme. Dans une ironie solennelle, de l'odeur du sang à l'impudeur, le toréador ne respire que la mort de l'innocence gisant à ses pieds. Où sont donc dans cette barbarie la compassion et l'intelligence du coeur qui assument le respect de la vie et la traversée vers l'Autre ? "
Morad El Hattab (Lauréat du Prix Littéraire Lucien Caroubi, Prix pour la Paix et la Tolérance)
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La Corrida, tradition et pratique espagnole, est très controversée. Et il y a de quoi : la Corrida, c'est avant tout une torture pour le plaisir, une violence gratuite pour satisfaire les plaisirs malsains refoulés par quelqu'uns. Une véritable boucherie.
Pourtant, dans une région d'Espagne, la corrida est bel et bien un art. L'animal ne souffre pas, et n'est pas mis à mort. Aucune arme entre les mains du torrero. C'est un ballet emprunt de magie. Cela, c'est ce que j'appelle véritablement une Corrida. Malheureusement, dans le reste du pays, cela se passe autrement ...
" Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire,
J'entends qu'on s'amuse et qu'on chante
Au bout du couloir "
La barbarie commence bien avant l'arène et ses aficionados. Peu connaissent alors l'afeitado. C'est une pratique tout simplement ignoble et repugnante, consistant littéralement à scier la corne du taureau, à vif, d'une dizaine de centimètres. Cet acte est de plus en plus demandé par les torreros (car rendant l'animal moins dangereux) et en fut ainsi banalisé. Bien avant l'etouffante angoisse de l'arène, de ses pointes d'acier et de son soleil de plomb, l'animal souffre atrocement. Et il ne peut bouger : la bête est en effet enfermée à l'étroit dans une sorte de caisson laissant juste depasser ses cornes. Elle n'a plus qu'à crier sa douleur tandis qu'on là mutile ... L'acte terminé, on ponce généralement les cornes, et quelquefois rajoute-on de la résine. L'animal, après la souffrance, se retrouve desorienté : il ne possède plus réélement ses cornes, alors réduites, et n'a pas le temps de s'y habituer qu'il est propulsé à l'intérieur de l'enfer. A noter que ses sabots sont égalements sciés, limés, et l'on y enfonce des morceaux de bois pour rendre sa marche encore plus douloureuse.
" Quelqu'un a touché le verrou
Et j'ai plongé vers le grand jour
J'ai vu les fanfares, les barrières,
Et les gens autour "
Bien entendu, le transport jusqu'à l'arène n'aide guère les taureaux à se remettre de leur première épreuve. Ils sont entassés, et certains meurent au cours du périple. Avant de penetrer à l'interieur de l'arène, ils subissent d'autres sortes de traitements, comme des coups ou des brulures. Comme le fait remarquer un site anti-corrida : " La plupart du temps, les taureaux entrent dans l'arène tellement affaiblis qu'ils tombent avant même la séance de torture ..."
" Dans les premiers moments j'ai cru
Qu'il fallait seulement se défendre,
Mais cette place est sans issue,
Je commence à comprendre "
Le spectacle de la corrida peut enfin debuter. Il est constitué en diverses étapes, en premier lieu celle de la " puca ", la " puya ". Traduisez par la pique. Deux jeunes picados entrent alors en scène, avant le torrero. Leur but est d'enfoncer la puya dans le cou du taureau. Elle mesure au total 21 centimètres, et bien souvent plus de sa moitié sont enfoncés dans la chair de l'animal. Le but est de sectionner les ligaments et les nerfs reliant la tête et la nuque à la colonne vertebrale. Ainsi, le taureau ne peut relever la tête, ce qui rend la tâche beaucoup plus aisée pour le torrero. Beaucoup de personnes en faveur des corridas lançaient l'argument suivant : la peau, le cuir du taureau est tellement épais qu'il ne ressent rien, qu'il ne souffre pas. Comme l'a fait remarquer si judicieusement mon professeur d'espagnol, peut-on m'expliquer alors pourquoi le taureau chasse de sa queue la mouche posée sur son dos ?
" Ils ont refermé derrière moi
Ils ont eu peur que je recule
Je vais bien finir par l'avoir
Cette danseuse ridicule ... "
La deuxième étape se passe encore sans le torrero. Mais avec trois " banderillas ". Le principe est très simple : les enfoncer elles aussi dans la nuque du taureau, dans le but cette fois-ci de faire s'ecouler le sang à l'exterieur pour empêcher une hemorragie interne qui pourrait tuer l'animal avant la fin de la Corrida. Et aussi en même temps sectionner encore les derniers ligaments que la puya n'avait pas atteinte. Les banderillas sont généralement colorées, et un touriste peut facilement s'en acheter une en modèle réduite dans une boutique de souvenirs.
" Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m'incline,
Ils sortent d'où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier ? "
Arrive enfin (mais peut-on dire enfin ?) le torrero, héro de la foule. Le taureau court après ce rideau rouge semblant le narguer, le torrero executant alors quelques figures esthétiques sous les applaudissements de la foule. Il enfonce " el estoque", l'épée de la corrida, dans la pauvre bête ensanglantée. Inutile de préciser la terrible longueur de cette arme.
" Sentir le sable sous ma tête
C'est fou comme ça peut faire du bien
J'ai prié pour que tout s'arrête,
Andalousie je me souviens ... "
Si l'épée n'a pas achevée le taureau, ce qui arrive bien trop souvent, on enfonce une lame entre ses deux cornes, dans sa tête. Puis est enfonçée la " puntilla ", sorte de petit poignard, dans la nuque pour sectionner la moelle epinière. La taureau, à terre, n'a plus la force de se relever pour echapper à ce dernier supplice.
" Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je ne pensais pas qu'on puisse autant s'amuser
Autour d'une tombe "
En guise de trophée, on découpe la queue ou les oreilles du taureau. Faut-il préciser que la bête est hélàs souvent encore vivante, paralysée sur le sol ? Enfin, l'on enroule des chaînes autour de ses cornes pour là traîner hors de l'arène. Si le taureau est encore vivant, il mourra seul dans ses souffrance, agonisant dans son propre sang. J'ajouterai aussi que la mère du taureau est tuée avant la Corrida. C'est une tradition : il faut tuer la mère du " monstre ", de " l'assassin ". Pour qu'elle n'en mette plus au monde ...
C'est bon, vous pouvez aller vomir.
~> Il existe des Corridas en France
(Extraits de 'La Corrida' de Francis Cabrel, au cours de cet article)